Pourquoi certains thérapeutes abandonnent ?
- oanamartins2007
- 12 sept. 2022
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 avr. 2024
Mathilde travaille dans un poste depuis plusieurs années. C'est madame tout le monde. D’ailleurs, elle ne s’appelle pas vraiment Mathilde, mais nous allons l'appeler ainsi pour notre histoire. Elle n’a pas vraiment choisi ce métier, c’était un choix qui s’est présenté à elle, il y a longtemps, un choix qui lui a semblé judicieux pour compléter le salaire du mari et subvenir aux besoins de sa famille. Elle est maman aussi, une maman de deux enfants qui grandissent à vue d'œil. Elle devient opérationnelle, professionnelle, même experte dans son domaine. Mais quelque chose lui manque. Elle ne le sait pas précisément. Le malaise s’installe partout autour d’elle et en elle.

Est-ce le mari qui ne communique pas toujours ou qui ne la voit plus en tant que femme, derrière ses quelques kg qu’elle a gardé après ses deux grossesses ? Est-ce l’appartement où ils habitent, qui n’est pas vraiment à leur goût et qui demande quelques rafraîchissements ? Est-ce sa famille qui ne la comprend pas vraiment dans sa solitude ? Est-ce ses amis qui n'évoluent pas comme elle dans leur spiritualité ? Est-ce son job qui est devenu trop routinier ?
OUI, c’est le job !!!!!! Elle se dit qu’elle a perdu la joie depuis trop longtemps. Et si elle le changeait ? Et si elle devenait thérapeute ? Ainsi, elle pourrait aider les autres. Elle pourrait être libre de son temps - être disponible pour ses enfants, sa maison. Développer sa spiritualité, tout en gagnant de l’argent. Peut-être même beaucoup d’argent. Ainsi, elle n’est plus juste un complément, elle sera libre et indépendante, appréciée et valorisée et donc Heureuse.
Quelle révélation ! Elle quitte son job dans la stupéfaction de tous. “Pourquoi laisser un travail stable dans ces temps difficiles de crise et de pandémie ? Il y a tellement de thérapeutes qui naissent dernièrement.” Mais Mathilde n’entend personne, elle est décidée. La joie est revenue. Elle a plein d'idées à la minute. Elle fait son site Internet toute seule où elle propose toute une panoplie de services, car elle se sent capable avec toutes les formations qu'elle a suivies durant des années pour combler son ennui.
Elle démarre son activité. Comme elle est excitée ! Les premiers clients arrivent. Pendant des mois elle a de l’énergie à revendre. Elle se réveille la nuit pour préparer sa publicité, pour écrire des articles. Pourquoi elle ne l’a pas pensé plus tôt ? Pourquoi elle n’est pas devenue thérapeute il y a 6 ans quand elle en a eu l’idée - elle aurait déjà pu être célèbre.
Le temps passe. Les mois défilent. Les témoignages s’accumulent. Le sentiment d’imposteur a complètement disparu. Mathilde a déjà augmenté ses tarifs à la hauteur de sa vraie valeur. Le mari commence à se détendre un peu, il commence lui aussi à croire en cette réussite si inattendue. Lui aussi ne se sent pas si bien dans sa vie professionnelle, mais il ne peut pas y avoir deux auto-entrepreneurs dans la même famille, c’est trop risqué.
Mais quelque chose se passe. Mathilde est fatiguée. Elle est agacée de s'occuper aussi des enfants et de la maison en plus de son activité. Ses sorties lui manquent. Travailler de chez elle en visio, c’est pratique, mais cela ne remplace pas les pauses café avec ses collègues. Compter en Chiffre d'affaires c’est cool, mais une fois qu’elle déduit toutes les taxes, les impôts et les charges elle n'obtient finalement qu'un petit salaire. En plus, un salaire variable en fonction des autres, des départs en vacances, etc. Et toute cette publicité à faire régulièrement. Toujours chercher des clients, c’était confortable finalement son job d’avant.
Le malaise s’installe autour d’elle et en elle. La joie s'effiloche. Les clients se font rares. On lui a parlé de la loi d’attraction. Mathilde sait que son état d’esprit attire les clients ou pas. Elle le sait, mais elle est fatiguée et démotivée. Elle ne comprend pas pourquoi elle se sent presque malheureuse. Elle fait enfin le métier dont elle a toujours rêvé. Le mari recommence à s’inquiéter. Les comptes ne sont pas assez remplis pour acheter des nouveaux vêtements aux enfants à cette rentrée. Et si elle reprenait le salariat ? Peut-être un mi-temps, ainsi elle peut toujours continuer son activité ? Mais c’est impossible à concevoir pour Mathilde. Revenir en arrière, c’est avouer son échec.
Elle se couche vidée de son énergie. Elle demande à ses guides de l’aide. Que la nuit lui porte conseil. Mathilde se retrouve dans son rêve dans une place très étendue, avec un pont suspendu qu’elle a déjà vu dans d’autres rêves. Des grosses statues imposantes le décorent. Un marché de fruits et légumes à la façon maghrébine longe le pont. La joie est palpable. Les enfants courent avec leur glace à la main. La musique de foire retentit au plus loin. Un vieux sage lui fait signe, assis sur un banc. Elle le reconnaît. Elle s’assoit à ses côtés. Un sentiment solennel les accompagnent. Elle s’entend lui raconter sa situation. Son maître la fait patienter pour sa réponse, il garde les yeux fermés. Il est d’un calme absolu. Cela devient long, une éternité. Et s’il s’était endormi ?
Il commence à parler d’une voix grave et posée. Il lui explique que le bonheur et la joie ne sont pas dans ce qu’on fait, ni dans le job qu’on choisit. Que la prospérité et le succès ne sont pas dans le nombre de clients qui sont attirés par nous ou dans le salaire qu’on se fait à la fin du mois. Mais en nous, à chaque instant. Indifféremment du reste. Il lui dit qu’elle doit apprendre à être heureuse avec ce qu’elle a. Qu’autrement ce malaise qui l’habite reviendra dans sa vie, peu importe sa vie. Mathilde comprend que le malaise qu’elle ressent depuis quelques semaines est bien le même que celui qui l'a fait quitter son ancien job alimentaire. Sacrée compréhension !
Elle se réveille, remplie de gratitude de l’enseignement qu’elle a reçu cette nuit. Elle décide de regarder au fond d’elle pour mieux comprendre ce qui s’y cache. Cette ombre qui lui a toujours fait peur et qui l’appelle depuis toujours, sous une forme ou une autre. La regarder, l'accueillir, l'accepter. Enfin.
Maintenant, plusieurs années après, Mathilde est épanouie. Une thérapeute qui a évolué et qui aide les autres à se regarder en profondeur et à apaiser leur malaise qui parfois n’est même pas le leur.

Oana MARTINS
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